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Repenser son officine

Rénover ou transférer : un choix tactique et technique

Entre le transfert et la rénovation, le choix n’est pas évident. Engagement financier, retour sur investissement, faisabilité technique des travaux, certaines questions sont incontournables avant d’opter pour l’une ou l’autre solution.

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C’est une exigence. L’officine moderne a besoin de superficie pour exposer son offre produits et assurer ses nombreuses prestations et ses nouvelles missions. Pour gagner des mètres carrés, les pharmaciens ont le choix entre la rénovation de leur officine ou le transfert dans des locaux plus spacieux. Dans ce dernier cas, le rapport bénéfice/risque doit être soigneusement évalué : on sait ce qu’on perd, pas ce qu’on gagne, comme le dit le proverbe. Le choix de rénover ou de transférer repose sur des critères économiques et techniques, qu’il est indispensable d’analyser parfaitement avant de s’engager.

Du neuf avec de l’ancien : des limites à ne pas franchir

En rénovation, on peut presque tout faire, quitte à ne conserver que les murs principaux. Il existe ­néanmoins quelques limites à ne pas franchir, au risque de ­fragiliser l’immeuble. Franck Gacel, architecte de MG+ Architectes, a l’expérience des commerces et des ­pharmacies. Lorsqu’il est consulté, le choix en faveur d’une rénovation est généralement fait : « ­L’objectif d’une rénovation est d’agrandir la surface de vente, avec pour corollaire le perçage de murs de soutien. Avant de s’embarquer dans ces travaux ambitieux, il est plus que préférable de demander une étude de ­faisabilité à un architecte pour avoir un avis sur la structure ». Car ouvrir à tout prix les façades pour disposer d’une grande vitrine, comme c’est la tendance en France, ou percer les murs de soutien, peut présenter des inconvénients regrettables. Outre la fragilisation de l’édifice, ce ­phénomène a conduit à rogner sur les halls d’accès aux logements. « Finalement, le magasin constitue le seul accès aux étages supérieurs et la ­location des logements des étages supérieurs devient ­impossible », explique l’architecte ­charentais. Ce ­courant a contribué à la désertification des centres-villes.

Autre contrainte à prendre en compte dès qu’un bâtiment entame un soin de rajeunissement, il doit être mis aux normes d’accessibilité pour les personnes handicapées. La tâche n’est pas toujours aisée. « Les différences de niveau que l’on observe souvent dans les vieux ­bâtiments sont parfois difficiles à niveler. La solution peut être de décaisser le sol, pour uniformiser le niveau, avec le risque de condamner le sous-sol s’il y en a un. On peut aussi corriger ces défauts avec un élévateur ou des rampes d’accès, mais ce n’est pas toujours possible et cela peut prendre beaucoup de place (ex. : huit mètres de rampe pour 40 centimètres de hauteur à franchir ).

Ne pas tout miser sur le front-office

La présence de bâtiments classés dans les environs de la pharmacie impose de composer avec les ­architectes des bâtiments de France, que ce soit une rénovation ou la construction d’un nouveau bâtiment : « Il est vraiment important d’inclure l’architecte des bâtiments de France dès le début du projet, afin de prendre très en amont les contraintes imposées par l’environnement architectural », insiste Franck Gacel. L’objectif de la rénovation est principalement d’embellir et d’agrandir. Oui, mais cet agrandissement est souvent réalisé au détriment de la réserve. Un problème en pharmacie, où le back-office est loin d’être une simple zone de stockage. « Dans l’ancien, on peut résoudre ce problème avec un robot ­installé à l’étage, si le sol peut accueillir un tel appareil », souligne l’architecte. Enfin, la rénovation est l’occasion de remettre le bâtiment aux normes thermiques : « En rénovation, la réglementation impose une performance uniquement sur les éléments qui sont changés, contrairement à la construction où l’ensemble est pris en compte. »

Le transfert, plus complexe du point de vue administratif

Au vu de tous ces éléments, le transfert dans un bâtiment neuf, conçu pour accueillir une activité officinale, peut charmer par ses atouts confort, surface et cohérence. « La tendance est de construire des édifices de plain-pied, pour faciliter l’accès et répondre le plus possible à l’accessibilité pour tous », confirme Franck Gacel. Le transfert de l’activité officinale est ­administrativement plus lourd, ce qui peut freiner certains pharmaciens. Des autorisations sont demandées, avec toujours le risque de ne pas aboutir.

L’ORDONNANCE RÉSEAU DU 3 JANVIER 2018 MODIFIE LA DURÉE DU DÉLAI POUR L’OUVERTURE DE L’OFFICINE, EN CAS DE TRANSFERT, DE CRÉATION OU DE REGROUPEMENT. L’ARTICLE L. 5125-19 PRÉVOIT UNE OUVERTURE EFFECTIVE DE L’OFFICINE AU PUBLIC DANS LES DEUX ANS À COMPTER DE LA NOTIFICATION DE L’ARRÊTÉ DE LICENCE, AU LIEU D’UN AN JUSQU’À PRÉSENT.

Un objectif primordial : viser ce qu’il y a de mieux pour l’entreprise

Monique Sylvestre, responsable de la formation interne chez Interfimo, intervient auprès des pharmaciens dans le cadre de rencontres professionnelles et les accompagne dans leur projet, en rénovation comme en construction. « En général, le pharmacien a déjà opté pour l’une ou l’autre solution lorsqu’il nous présente une demande de financement ». En rénovation, c’est-à-dire la réhabilitation du bâtiment (hors agencement), il est important de prendre en compte la nature des travaux et leur impact attendu sur l’économie de l’entreprise à travers un prévisionnel d’activité. C’est le retour sur investissement. Dans tous les cas, il faut bien mettre en évidence les atouts d’une rénovation ou d’un déplacement, notamment en termes d’accessibilité, de visibilité et de pérennité des activités. « Dans le cadre d’un transfert, qu’il s’agisse d’un bâtiment à construire ou d’un bâtiment existant, une étude de marché doit être réalisée. Elle doit argumenter la stratégie professionnelle dans laquelle s’inscrit le déplacement, en démontrant, par exemple, les avantages du nouvel emplacement pour capter une nouvelle clientèle, des nouveaux locaux pour développer de nouveaux services ou de nouveaux segments de marché ». Et pour Monique Sylvestre, l’entretien avec le pharmacien est fondamental : « C’est une étape déter­­minante pour faire aboutir le dossier. Cette rencontre en face-à-face nous permet d’en­tendre le chef d’entreprise et ­d’apprécier sa motivation et la rigueur de son étude. Il est le mieux placé pour nous convaincre que son projet est porteur économiquement ».